Blancbec (Sébastian Eeckaut, Bruxelles, 1976)
Vit et travaille à Bruxelles
www.blancbec.be
Dans les années 1990, Blancbec débute en autodidacte dans le monde du graffiti. Il découvre ensuite à Barcelone les affiches peintes à la main et placardées dans la ville ; son travail s’oriente alors vers des productions en atelier, diffusées en milieu urbain. Son univers graphique passe progressivement de structures de type géométrique à des formes plus figuratives, dans lesquelles se profile fréquemment une image d’oiseau. La signature graphique et le pseudo en sont nés. En une vingtaine d’années, Blancbec affine et construit son imaginaire, où la naïveté apparente des formes tisse des liens souvent subtils avec l’histoire de l’art et des images.
Temps mort
acrylique et aérosol sur béton
6×2 m
2022
oeuvre temporaire de Blancbec dans le cadre du Festival Plein Chant, dans le parc du Gué de Maulny, au Mans (France)
Comme toujours dans les œuvres de Blancbec, Temps mort intrique des références et des couches de lecture. D’abord, le peintre avec son drôle de nom d’oiseau actualise le genre du memento mori et reprend à son compte sa symbolique luxuriante, nous rappelant les vanités du « monde terrestre ». Plus précisément, il remastérise une nature morte de Philippe de Champaigne (1602-1674), conservée au Musée Tessé du Mans. Blancbec en conserve la composition, laquelle organise sur un fond noir trois objets posés sur un seul plan. Au centre : un crâne ; il est casqué à la manière d’un pilote de Formule 1 des années 1960. Le sablier, signe du temps qui passe, prend la forme d’un circuit automobile en X ; on est au Mans où les mots « vingt-quatre heures » n’ont pas, en première lecture, le même sens qu’ailleurs. La fleur, qui évoque la fragilité de la vie, reste elle-même, ou presque : d’une tulipe chez Philippe de Champaigne, on passe à un tournesol qui sourit méchamment. « Je souhaite parler du temps qui passe, explique Blancbec, mais pour mettre en avant l’idée qu’on peut se donner le temps de vivre plutôt que chercher à aller plus vite que la musique. Davantage que ‘Memento mori’ qui signifie ‘Souviens-toi que tu vas mourir’, je dirais ‘Carpe Diem’, ‘Cueille le jour présent’. »
Pierre Henrion
Bibliographie sélective
Grimmeau, Adrien, Dehors ! Le graffiti à Bruxelles, Bruxelles, 2011, p. 118-119.
Henrion, Pierre, Temps mort, disponible sur https://www.blancbec.be/portfolio-1-1/temps-mort-2022.
Photos et (c) : Sébastien Eeckhaut