Eva Moulaert (Belgique ,1983)
Vit et travaille à entre Bruxelles et Gand
www.dearreader.be
Eva Moulaert est diplômée de la LUCA School of Arts, Sint-Lucas Gand depuis 2006. Elle a ensuite mené une activité de recherche au département design de la Jan van Eyck Academie aux Pays-Bas entre 2007 et 2008. Depuis 2010, elle enseigne le design graphique à la LUCA School of Arts, Sint-Lucas Gand. Elle dirige le studio de design Dear Reader, basé à Bruxelles. En 2024, elle a obtenu un doctorat en arts à la LUCA School of Arts. Sa thèse, intitulée Dear Reader, Addressing Authorship Through Graphic Design, prend la forme d’une série de lettres à travers lesquelles elle revient sur sa pratique du design graphique.
Robin Vermeersch (Courtrai, 1977)
Vit et travaille à Waregem
https://robinvermeersch.be/
Robin Vermeersch est titulaire d’un master en peinture de la LUCA School of Arts à Gand et y enseigne actuellement la peinture ainsi que la sculpture et la céramique. Dans sa recherche artistique, il explore une grande diversité de médiums. Ses sculptures, peintures et dessins déploient un univers où des formes semblables à des cellules révèlent une dimension existentielle et cosmique. A travers ses œuvres, il invite le spectateur à percevoir des microcosmes qui reflètent à la fois l’infiniment petit et l’infiniment grand
Pieter Vermeersch (Courtrai, 1973)
Vit et travaille entre Turin et Bruxelles
https://pietervermeersch.be/
Pieter Vermeersch développe une pratique picturale qui se déploie sur des supports variés, allant de la toile et du marbre à la photographie, jusqu’à l’intervention directe sur des structures architecturales existantes. Ses réalisations se distinguent par une attention particulière portée à la lumière, à la couleur, au lieu et à son environnement. Il conçoit régulièrement des œuvres de grande ampleur pensées spécifiquement pour des contextes architecturaux précis. Parmi ses interventions les plus marquantes figurent des peintures murales monumentales réalisées pour la station Schuman à Bruxelles et pour les Galeries Lafayette à Biarritz, ainsi que des projets in situ pour la Solo House (Office KGDVS) à Matarraña, en Espagne, et pour les Silos à sel du site de la Voirie à Genève.
Sans titre
céramique
2024
intégration de Robin Vermeersch et de Dear Reader (Eva Moulaert), au Théâtre Le Vilar (place Rabelais, 51, B-Louvain-la-Neuve) en collaboration avec le bureau Ouest Architecture
Sans Titre
peinture
2024
intervention de Pieter Vermeersch au Théâtre Le Vilar (place Rabelais, 51, B-Louvain-la-Neuve) en collaboration avec le bureau Ouest Architecture
Après plus de 40 ans d’activité, le théâtre Le Vilar situé à Louvain-la-Neuve a bénéficié d’une rénovation complète estimée à neuf millions d’euros. À l’issue d’un concours organisé par l’Atelier Théâtre Jean Vilar asbl, en partenariat avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’UCLouvain, la Province du Brabant wallon et la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, la transformation du bâtiment a été confiée au bureau bruxellois Ouest Architecture.
La proposition d’Ouest Architecture a permis de résoudre des contraintes techniques précises tout en tirant parti de la spécificité structurelle du bâtiment et en proposant une lecture sensible du contexte historique. Les équipements techniques et les conditions d’accès ont significativement été améliorés. La livraison des décors s’effectuait par exemple auparavant par un monte-charge situé sous le théâtre, ce qui rendait la circulation et l’organisation des espaces particulièrement complexes. La hauteur de scène a aussi été augmentée sans modifier significativement le volume existant. Cette stratégie a également permis de réorganiser l’ensemble des flux logistiques en sous-sol et d’ouvrir davantage le théâtre vers la Place Rabelais, par la création de nouvelles entrées et d’un foyer accessible indépendamment du reste du bâtiment. Enfin, pour préserver une continuité matérielle avec l’existant, la brique claire initiale s’est vue complétée par une nouvelle brique rouge tandis que les espaces hors de salle de spectacle ont été déclinés dans les tons de rouges, roses et blancs, assurant une cohérence visuelle avec le bâti existant.
Le cahier des charges du concours prévoyait également l’association d’un ou de plusieurs artistes dès l’origine du projet, tant pour la signalétique que pour la présence d’une œuvre plastique, afin de garantir une intégration spatiale et architecturale harmonieuse. Dans ce cadre, Ouest Architecture a fait appel à Eva Moulaert (studio Dear Reader), avec qui il avait déjà collaboré pour la signalétique du Théâtre du Rideau à Bruxelles, ainsi qu’aux frères Vermeersch.
Robin Vermeersch et Eva Moulaert ont d’une part développé un dispositif de signalétique en céramique qui se déploie à plusieurs endroits du théâtre. Celui-ci repose sur un ensemble de carreaux en relief, modulables et assemblables pour composer des lettres, des mots, des flèches ou des motifs graphiques. Le texte y est envisagé comme une matière plastique à part entière, une écriture qui se lit autant qu’elle se voit.
Après une longue phase d’expérimentations, notamment lors d’une résidence au European Ceramic Work Centre (EKWC), le dispositif s’est stabilisé autour de carreaux blancs en relief, au format standard de 14×14 cm. Le recours à une palette monochrome et à des lettres capitales garantit la lisibilité du dispositif, tandis que l’alternance avec des carreaux plats participe à la maîtrise des coûts de production. Enfin, les artistes ont introduit des motifs abstraits, non fonctionnels inspirés et générés à partir de photographies sous-marines. Ces compositions suggèrent l’univers souterrain de Louvain-la-Neuve et évoquent la sensation d’un regard immergé dans un univers aquatique. Réparties sur six murs et couvrant une surface totale de 118 m², ces interventions prolongent la signalétique en la transformant en une expérience spatiale plus large.
Pieter Vermeersch est d’autre part intervenu sur la façade extérieure sud du bâtiment. Sa proposition picturale minimale est fondée sur un dégradé chromatique allant progressivement de 0 % à 100 % et qui reprend la couleur moyenne des briques du registre supérieur de la façade. Ce procédé assure une continuité visuelle avec le bâti existant. À l’inverse, le blanc, en se détachant progressivement, accentue l’angle du bâtiment et introduit une tension formelle qui attire le regard. L’usage de cette technique permet à l’œuvre d’agir comme une interface sensible entre l’architecture du théâtre et son environnement urbain. La surface semble perdre sa densité pour devenir un plan ouvert, presque immatériel. Cette altération perceptive produit une illusion spatiale qui évoque un seuil, un vide potentiel, faisant écho à l’idée même de la scène théâtrale : un espace en attente d’activation et d’interprétation.
Marjorie Ranieri
Bibliographie sélective
- Pieter Vermeersh, Paris, 2015.
- Küng, Moritz, Geers, Kersten, Piron, François et Dieter Roelstraet, Pieter Vermeersch : Variations, Bruxelles, Ludion, 2019.
- Smets Francis, Steverlynck Sam, Famille Vermeersch : Jos Vermeersch, ses trois enfants Pol, Rik et Vera Vermeersch et ses quatre petits-enfants Lowie, Pieter, Robin et Tinus Vermeersch, Anvers, 2010.
- Strauven, Iwan, Urban Legend, Bruxelles, 2025.
(c) photo Corentin Haubruge
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