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Gaëlle Leenhardt – Prix de la Jeune Sculpture 2026

Gaëlle Leenhardt
1987

“S’inspirant du travail archéologique et des processus géologiques qu’elle observe assidûment, elle moule, sculpte, agrège et coule des matières minérales : terres, pierres, plâtre, béton. Elle s’inspire des phénomènes de sédimentation à l’œuvre dans le paysage – naturel ou bâti – et imagine des formes à même de témoigner des effets du temps sur leur structure. Empreintes minérales à l’apparence de fossiles, empilement de pierres à l’équilibre hasardeux, artefact architectural d’après la ruine, formes animales figées en plein mouvement : tout dans ses œuvres semble évoquer le passage du temps et son principe d’entropie, la tendance de tout système organisé au désordre et à la décomposition.”

Extrait de “Faire terre de tout terrain” de Thomas Delamarre, sur le travail de Gaëlle Leenhardt.


Je suis sculptrice, et j’ai fait le choix depuis le début de ma pratique d’avoir un rapport principalement non numérique à mon travail d’artiste, c’est à dire qu’aussi bien dans la sculpture que dans la photographie, j’ai une approche physique, tactile, présentielle de l’art. Il m’est important d’être corporellement impliquée dans ce que je fais, d’être physiquement présente et actrice de chacune des étapes de travail.

Je suis constamment à la recherche de nouveaux savoir faire, de nouvelles matières, je me constitue un répertoire de
techniques qui puissent être choisies en harmonie avec les lieux où je suis amenée à travailler.

D’autre part les rencontres humaines nourrissent et font avancer mes recherches, elles me permettent aussi de m’ancrer dans les lieux que j’investis.

C’est pour moi une forme d’engagement dans une période où tout passe par le numérique : j’ai l’impression que mes mains sont encore un outil de résistance dans un monde où l’automatisation prend de plus en plus de place, non dans un esprit réactionnaire, mais dans l’espoir de s’inscrire dans un langage sensible et artistique émancipé du rapport actuel à l’immédiateté, à l’obsession de la contemporanéité. Je sens qu’il est important pour moi de sauvegarder une indépendance qui m’est propre face à une injonction écrasante de s’assujettir au numérique.

C’est ma sensibilité plastique qui m’a d’abord conduite naturellement à favoriser le grain, la matière, la présence, et donc à des techniques de prédilection plutôt analogiques et anciennes, rudimentaires mêmes. Puis c’est la constance de cet attachement à
travers les années qui m’a amenée à formuler le sens d’engagement que pouvait avoir cette façon de travailler. Une des plus belles conséquences qu’a cet engagement ce sont les rencontres humaines amenées par ma démarche, qui  nourrissent mon travail, celui-ci ne pourrait exister sans elles.


>> Prix de la Jeune Sculpture 2026