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Léa Belooussovitch – Prix de la Jeune Sculpture 2026
Léa Belooussovitch, Entropie
Verre issu de destructions, résine, acier, béton, 221 x 41 x 2 cm, 2026

L’oeuvre Entropie est constituée de débris de verre issus de diverses démolitions. Ce verre, d’une teinte bleue relativement rare, a été récolté sur le site de l’usine Minérale SA à Charleroi en Belgique, spécialisée dans le recyclage du verre plat et du verre creux. Utilisé notamment dans l’architecture — pour limiter l’éblouissement, filtrer une partie du rayonnement solaire ou constituer des balustrades de sécurité — mais également dans le domaine du flaconnage, ce verre bleu est habituellement réduit en sable avant d’être réintroduit dans un nouveau cycle de fabrication. Conçu à l’origine pour protéger, il a ici été pulvérisé lors d’une démolition dont l’histoire demeure inconnue. Il se présente comme le vestige d’un effondrement, dispersé selon une logique de désorganisation totale, faisant écho au principe d’entropie en physique, qui mesure le niveau de « désordre » d’un système et sa tendance à évoluer vers un état de désorganisation croissante. Récoltés puis assemblés un par un à la main, évoquant la mosaïque ou un puzzle tronqué, organisés par un geste presque chirurgical de réparation et de restauration, les morceaux constituent tous ensemble une forme finale qui tente d’être cadrée, contenue et non chaotique. Le travail minutieux tente de rétablir une cohérence sans effacer la fracture. Les fragments composent une structure qui cherche à contenir le chaos tout en conservant visibles les traces de sa destruction. Matériau recyclable à l’infini, résilient par essence, le verre possède une remarquable capacité de transformation. Même réduit en éclats, il peut retrouver une nouvelle organisation sans renier les cicatrices de son histoire. Avec Entropie, cette renaissance prend la forme d’un recyclage artistique où la réparation ne consiste pas à restaurer un état antérieur, mais à faire émerger une nouvelle présence. Cette reconstruction ne vise pas seulement à recomposer une matière : elle lui donne une forme emblématique, celle du monolithe. Il apparaît comme la figure d’un ordre absolu, d’une stabilité presque mythique. Pourtant, cette présence n’échappe pas aux dynamiques de l’entropie : sous son apparente permanence se joue la transformation inévitable de toute matière. Il devient ainsi le témoin de la tension entre la permanence que nous projetons sur les formes et leur devenir irréversible. Semblable à une cascade de larmes géométriques figées, l’oeuvre tient debout malgré l’extrême fragilité de sa composition. Entre équilibre et effondrement, elle donne à voir la possibilité d’un ordre reconstruit à partir de fragments marqués par la violence.

-> site internet de Léa Belooussovitch


>> Prix de la Jeune Sculpture 2026