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Actualités

Léopoldine Roux – Prix Ianchelevici 2026

Léopoldine Roux (Lyon, 1979)
Vit et travaille à Bruxelles
https://leopoldineroux.com/

Léopoldine Roux entame son parcours académique à l’Ecole supérieure des Beaux-Arts de Rennes et l’achève en 2003 par un master à l’ENSAV-La Cambre de Bruxelles. Son travail est prioritairement axé sur la couleur qu’elle expérimente sur des matériaux allant de la pierre bleue à la mousse polyuréthane et avec des média parfois hors des pratiques usuelles (laque en spray, vernis à ongles …). La qualité gestuelle constitue un autre fondement de ses recherches :  elle est sensible dans la volonté de l’artiste de dégager une exploitation dynamique de sa palette.

Dans le domaine de l’art public, on peut relever son intégration (United Colors, 2013) à un immeuble de la cité d’habitations sociales du Centenaire à Montignies-sur-Sambre ou encore Echappade (2020) pour le Centre hospitalier intercommunal de Créteil.


La géante de vies
calcaire de Soignies, laque en spray, dorure à la feuille
4,3 m (ht), 13 t
2025
intégration de Léopoldine Roux à la Grand-Place de Brugelette (B-7940) en collaboration avec la plasticienne Pascaline Wollast et le bureau d’études C2

La géante de vies a été installée en 2025 sur la Grand-Place de Brugelette dans la foulée d’une opération d’aménagement soutenue par la Région via l’appel à projet « Cœur de Village ». Relevons que, pour désigner l’artiste, les autorités communales ont profité de l’expertise de la Commission des Arts de Wallonie qui a organisé un concours restreint limité à cinq candidats.

L’opération témoigne de la fécondité à inviter un créateur contemporain à intervenir en milieu rural, un contexte auquel Léopoldine Roux a d’emblée voulu ancrer ses recherches. On le comprend tant par le choix du matériau et des modalités d’exécution – de la pierre bleue du Hainaut mise en œuvre aux Carrières de Maffle – que par le processus d’élaboration et le développement formel. « J’ai commencé avec des promenades le long de la Dendre qui traverse les cinq villages de la commune de Brugelette, explique l’artiste. J’ai collecté toutes sortes d’éléments dont cinq pierres, une dans chaque village. Elles m’ont servi pour des esquisses. Cela aboutit à un empilement de quatre pierres ; la cinquième sert de banc pour que mon intervention soit aussi une invitation au repos et à la rencontre. J’ai par ailleurs réfléchi à l’emploi des couleurs. Ici, elles s’accordent à la palette dans l’ensemble de mes pièces. Mais le choix est, partiellement du moins, en rapport avec le lieu. Ainsi le vert rappelle-t-il les nuances de la Dendre que j’avais observées lors de mes pérégrinations. Avec le rose qui est absent de la signalétique dans l’espace public, je voulais apporter une note de sérénité. La tête de la géante est dorée à la feuille. C’est un apport de Pascaline Wollast qui a étroitement participé au projet. Comme d’usage dans l’iconographie chrétienne, l’or est afférent à l’au-delà, au sacré. Et puis, j’ai voulu qu’un bloc reste vierge pour laisser voir le matériau tel qu’il est. »

Autre idée forte: La géante de vies établit un dialogue fécond avec son environnement humain. Elle évoque les cairns, ces amas de pierres en équilibre construits pour signaler un site, renseigner un chemin ou marquer son passage. « Ma sculpture n’est pas fixée au temps présent, relève Léopoldine Roux. Elle vient du passé et appartient au futur. À l’esquisse, l’ensemble était abstrait. Au cours de la mise en œuvre à la carrière, une silhouette s’est dégagée. Elle devait être non genrée mais, à chaque étape du projet, je demandais aux intervenants leurs impressions et le mot ‘élégance’ revenait. Il s’agit d’une géante, plutôt que d’un géant. Bien sûr, il y a une référence au folklore local puisqu’elle évoque les grands mannequins de la Ducasse d’El pompe. Mais, il y a surtout une portée universelle. Les pierres portent les traces de l’histoire de la Terre et des vivants. Les pierres sont les os du monde. Et puis, La géante de vies fait face au monument aux morts de la Grand-Place comme un message d’espoir. C’est un monument à la vie. »

Suivant la même volonté d’ancrer leur projet au contexte, Léopoldine Roux et Pascaline Wollast ont été attentives à développer des activités participatives avec des publics variés. Pendant sept mois jusqu’en 2025, elles ont mené, en partenariat avec le Centre Culturel L’Envol, 12 ateliers à destination des écoles, de l’Institut Sainte-Gertrude en charge de personnes porteuses de handicap, de la maison de jeunes de la commune et d’un groupe d’adultes constitué sur candidatures spontanées. « Nous voulions que les citoyens soient sensibilisés à nos univers et aux enjeux de l’art d’aujourd’hui, explique Léopoldine Roux. À la fin de chaque atelier, nous demandions aux participants de réfléchir à un mot, à une phrase au sujet de ce qu’ils avaient vécu durant la séance. Nous avons retenu les mots fédérateurs, ceux qui nous semblaient porteurs d’émerveillement, de rassemblement. Philippe Lucas les a gravés dans la pierre avec une police très simple. »

Pierre Henrion


Bibliographie sélective

  • Depasse, Carole et de Coninck, François, Léopoldine Roux, Bruxelles, 2024
  • From Brussels with Love, catalogue de l’exposition, Maison des Arts de Schaerbeek, Bruxelles, du 22 octobre au 11 décembre 2016
  • Caltagirone, Sandra, Echapées belles, in L’Art Même, n°71, 4e trimestre 2016, p.42

Photo et (c) : Léopoldine Roux


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