Maxence Mathieu (Charleroi, 1992)
Vit et travaille à Charleroi et Bruxelles
La pensée est la source du travail de Maxence Mathieu. Ses recherches explorent les espaces fictifs (rêves, songes, projections mentales, réalités virtuelles, états de conscience modifiés…) et leur entrelacement avec les espaces dits « réels ». Cette mise en abyme, moteur fondamental de sa démarche, engendre des réalités complémentaires, des mondes possibles où la pensée elle-même devient matériau. Ses propositions spatiales (installations, sculptures, protocoles, dessins, photographies…) fonctionnent comme des perturbateurs cognitifs et sensibles, des médiateurs ouvrant des zones de doute et de déplacement du regard.
Maxence Mathieu achève son parcours académique en 2016 par un master en sculpture à l’ENSAV-La Cambre de Bruxelles. Il expose régulièrement en Belgique et à l’étranger : Keramis (2016), Maison des Arts de Schaerbeek (2017, 2019), Incise (2018), Biennale de Enghien (2018), Space Collection (2018), Centre Bang (Canada, 2019), BPS22 (2021), Centre culturel de Namur (2021), Eden (2022), RAVI Liège (2022), Vulcain (2023), triennale d’Art Public Bouillon (2025).
sans titre
5 vitrines en aluminium thermolaqué présentant 5 affiches A2 sur papier Canson
5 x 195x55x6 cm
2025
œuvre temporaire de Maxence Mathieu au centre-ville de Bouillon dans le cadre de l’exposition Art Public Bouillon (du 30 juin au 29 septembre 2025)
Le projet de Maxence Mathieu pour l’exposition Art Public Bouillon (du 30 juin au 29 septembre 2025) sous commissariat de la Commission des Arts de Wallonie s’articule autour de l’intention d’insuffler un sentiment de doute aux usagers de la ville à travers l’installation de cinq vitrines affichant un avis à la population. L’annonce suggère que tout événement se déroulant dans l’espace public durant l’exposition pourrait potentiellement être une œuvre d’art. Tous les détails sont maîtrisés : la forme des vitrines peintes en rouge pour renforcer leur visibilité parce que les informations qu’elles délivrent sont impératives ; leur répartition géographique calculée afin que tous les usagers de la ville prennent connaissance de leur message ; la mise en page « très » officielle de l’affiche… ou encore sa formulation administrative et authentifiée par les signatures de la Bourgmestre, de l’Échevine de la Culture, du Vice-Président de la Commission des Arts de Wallonie et, bien sûr, de l’artiste. Maxence Mathieu déclare avoir ce projet à l’esprit depuis longtemps. C’est l’observation de la morphologie urbanistique de Bouillon qui l’a incliné à lui donner corps : « Mes visites préparatoires ont catalysé l’imaginaire que je me faisais de cette ville. Sa topographie encaissée avec des vues plongeantes évoque une île ou mieux encore les gradins d’un théâtre. La présence du château rend une allure fantomatique. Tout cela est propice à l’imaginaire, à la rumeur, laquelle me paraît importante dans la mesure où le doute doit se propager. »
En parallèle du développement formel de son intervention, Maxence Mathieu a mis au point un protocole d’édition de scénarios prévoyant, conformément à l’avis affiché en vitrine, que des actions anodines – possiblement aussi simples qu’une voiture qui passe ou le dépôt d’objets communs, laissés là comme oubliés - par des figurants prennent place en différents endroits de Bouillon tout au long de la manifestation, sans jamais qu’il soit précisé qu’il s’agit de saynètes. « Ces scénarios ont été développés par une intelligence artificielle, explique l’artiste. Personne ne connaît leur déroulement complet, même pas moi. J’ignore quand et où ils prennent place. J’associe ma proposition à une entreprise spéculative laquelle établit un programme de mises en scène à grande échelle, où acteurs, spectateurs, décors et urbanisme se fondent dans un même plan de réalité. Mon souhait : ‘que le modèle embrasse la toile’. » Le moins que l’on puisse écrire est qu’on revient à une démarche éminemment conceptuelle : les vitrines ne sont pas des œuvres ; l’écriture et la notion de communication revêtent une importance centrale ; la matérialité de l’œuvre est fortement remise en question et il faudra chercher la portée artistique dans le processus de création et/ou dans le cheminement mental du public et/ou dans les prises de conscience subséquentes.
Confier l’élaboration des scénarios à une intelligence artificielle comporte de nombreuses implications. Voilà le créateur dépossédé de sa création ; du moins perd-il une grande partie de son contrôle. Cela lui permet de se dédouaner de l’écriture des scripts et de se trouver exceptionnellement spectateur de son propre travail. « L’engagement de l’IA ne s’est pas posé d’emblée, relève Maxence Mathieu. C’est au moment de l’écriture que j’ai opéré ce choix. Pour moi, l’intelligence artificielle est un domaine de l’informatique qui, d’ordinaire, amène des réponses aux questions. Avec elle, l’ordinateur semble raisonner. Il donne l’impression de rationaliser encore davantage que ne le fait son fonctionnement ‘ordinaire’. Or, ici, son implication crée du doute. C’est un des éléments essentiels de ma proposition pour Art Public. »
Pierre Henrion
Bibliographie sélective
- Henrion, Pierre, Maxence Mathieu, in Art Public Bouillon, catalogue de l’exposition, Bouillon, du 30 juin au 29 septembre 2025, p. 41 à 45.
- Henrion, Pierre, Il y a moins de choses entre les cieux et les enfers qu’aucun d’entre nous ne peut l’imaginer, Liège, 2025.
- Ozanne, Anna, Maxence Mathieu. « aller là où Star Trek n’est pas encore aller », disponible sur https://artcontent.be/2025/11/07/.
- Van Parys, Yoann, Lettre de Misarchie, in Moisan, Patrick, Chicoutimi – Charleroi, Québec, 2021, p. 57 à 65.