Michael Beutler (Oldenburg, 1976)
Vit et travaille à Berlin
http://michaelbeutler.com/
Michael Beutler a étudié à la Städelschule de Francfort-sur-le-Main entre 1997 et 2003, ainsi qu’à la Glasgow School of Art de 2000 à 2001. Son œuvre est internationalement reconnue pour ses installations architecturales de grande envergure qui interrogent les modes de production, les usages collectifs et la dimension expérimentale de l’espace. Il développe une pratique centrée sur la sculpture et l’installation, à la croisée de l’architecture, du design et des processus artisanaux. Les éléments constitutifs de ses structures sont souvent des ressources locales et durables tels que le carton, le papier, le bois, la terre ou le bambou.
Son œuvre est internationalement reconnue pour des installations monumentales à la fois précaires et immersives à partir de matériaux simples, souvent fragiles comme le carton, le papier, le bois, la terre ou le bambou qu’il transforme à l’aide de dispositifs et de machines rudimentaires qu’il conçoit lui-même. Parallèlement à sa pratique artistique, Michael Beutler a enseigné à l’école d’art Muthesius de Kiel de 2016 à 2017. Depuis 2019, il est professeur de sculpture à la Hochschule für bildende Künste (HFBK) de Hambourg. Artiste de renommée internationale, il signe la première édition de Bozar Monumental.
Habitat
briques
2025
intégration de Michael Beutler au Parc national de la vallée de l’Escaut (sur la digue du Rupel, à la frontière de Boom et Rumst)
La ville de Boom a été durant le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle un territoire spécialisé dans l’extraction de l’argile et la fabrication de briques. À son apogée, la région de Rupel comptait 150 briqueteries et plus de 5 000 travailleurs, dont des enfants, qui ont façonné des paysages et des reliefs encore visibles aujourd’hui. Cette activité industrielle, qui a pendant longtemps été synonyme de prospérité économique, a décliné vers 1970 engendrant de la précarité et une dégradation durable des sols. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule briqueterie. La transformation actuelle de ces friches industrielles en réserve naturelle marque un tournant majeur dans l’histoire du site.
Dans le cadre du projet européen ALILASUS, la municipalité de Boom et la VLM (Vlaamse Landmaatschappij ou Agence Flamande pour le territoire), le Parc national de la vallée de l’Escaut avec le soutien de Creative Europe ont décidé de commanditer une œuvre d’art centrée sur les enjeux de mémoire, de durabilité et de reconversion du territoire. Le consortium a fait appel au dispositif de médiation des nouveaux commanditaires pour introduire et encadrer la commande d’une œuvre durable et symbolique auprès de l’artiste allemand Michael Beutler, spécialisé dans les créations monumentales participatives.
Depuis février 2025, Habitat occupe la digue du Rupel, à la frontière de Boom et de Terhagen. Sa forme évoque celle des anciennes cheminées de briqueterie qui structuraient autrefois le paysage. La structure est un espace d’accueil. Elle abrite un banc invitant les visiteurs du parc naturel à la pause et à l’observation du paysage en mutation. Elle se pense également comme un refuge ou un espace de nidification pour la faune locale (oiseaux, chauves-souris et insectes) grâce à l’intégration de briques percées et creusées directement intégrées à la maçonnerie. Les briques ont été façonnées à la main avec la participation des étudiants de l’artiste et réalisées à l’aide de procédés traditionnels de cuisson de l’argile dans un four au charbon comparable à ceux d’autrefois. À ces éléments s’ajoutent des briques récupérées et issues de l’histoire locale de la briqueterie, parfois façonnées avant la standardisation industrielle, et apportées par les habitants lors d’une cérémonie participative au cours de laquelle ils ont été invités à la pose des premières pierres. L’œuvre s’est donc constituée dès son origine comme un projet collectif qui vise à honorer la mémoire industrielle du lieu et à célébrer une conscience écologique nouvelle à travers une logique de réemploi et de l’économie de moyens caractéristique de la pratique de Michael Beutler. Plus qu’un simple monument, Habitat fonctionne comme un signal identifiable dans le paysage mais aussi comme un dispositif vivant et habité. C’est un espace de rencontre entre humains et non-humains et enfin, un témoignage tangible de la résilience du territoire.
Marjorie Ranieri
Bibliographie sélective
- Stardust. Michael Beutler, Ludwigshafen, 2024.
- Michael Beutler. Moby Dick, Leipzig, 2015.
- Michael Beutler. Pecafil, Berlin, 2006.
(c) : Michael Beutler / photo Les nouveaux commanditaires – De nieuwe opdrachtgevers