Michiko Van de Velde (Brasschaat, 1994)
Vit et travaille à Bruxelles
https://michikovandevelde.com/
Michiko Van de Velde est une plasticienne belgo-japonaise. Son parcours académique la mène de l’ENSAV-La Cambre à Bruxelles, dont elle sort diplômée en 2017 de la section « Communication visuelle et graphique », à la Central Saint Martins College of Art de Londres où elle opte pour la filière « Fine Art ».
Ses recherches pluridisciplinaires (peinture, dessin, gravure, céramique, vidéo…) sont articulées autour de deux thématiques : la lumière naturelle d’une part et une dualité culturelle belgo-japonaise que l’artiste assume totalement.
Toutes les cinq minutes solaires (Tournai, 2025) est, à ce jour, la seule intervention de Michiko Van de Velde dans l’espace public.
Toutes les cinq minutes solaires
marbre de Carrare et pierre bleue belge
400 m2 (env.)
2025
intégration de Michiko Van de Velde à la place de l’Evêché, B-7500 Tournai
« Je suis intéressée par la façon dont le temps s’écoule : les couleurs qui changent, la végétation qui pousse. Il y a de la poésie dans toutes ces manifestations. Je me pose la question de connaître comment observer ces évolutions. Ces recherches m’inclinent à une forme d’inconfort qui m’est précieux. J’aime me trouver hors des espaces de certitude. Je les ressens comme un printemps quand les plantes prennent le risque de mourir en sortant de terre. »
Michiko Van de Velde
Toutes les cinq minutes solaires a été mise en œuvre à la suite d’un concours restreint organisé dans le cadre du projet Feder « Tournai Unesco Expérience » dont l’objectif est de renforcer l’attractivité de la ville et son positionnement de ville d’art, d’histoire et de création. Dans cet esprit, Michiko Van de Velde explique avoir voulu « ré-enchanter » la place de l’Evêché en invitant « la lumière du soleil, source de vie, à s’y inscrire » et ainsi équilibrer la modernisation récente du quartier qui y a vu disparaître la végétation. « J’ai, explique l’artiste, en outre choisi ce site parce qu’il permettait de mettre en valeur la cathédrale Notre-Dame qui doit rester le principal point d’intérêt. D’emblée, j’ai souhaité que mon intervention soit sobre, retenue. »
Le concept est simple : révéler la double trajectoire des ombres projetées par les deux tourelles occidentales de l’église, le jour du solstice d’été. Relevés à la main, les tracés sont ainsi figés par deux suites de pastilles en marbre de Carrare incrustées dans le sol comme des pointillés sur le parcours des ombres suivant une capture effectuée toutes les cinq minutes. Discrète, l’intervention révèle la rotation imperceptible du globe terrestre rendue observable à l’œil nu, pendant quatre heures continues, de 9h50 à environ 14h15. Michiko Van de Velde considère qu’il s’agit pour l’observateur d’une expérience, une façon d’éprouver physiquement la vitesse à laquelle notre planète tourne. L’œuvre s’apparente à un double cadran solaire. Et, à ce titre, elle invite à revenir au temps juste de la gnomonique, décalé par rapport aux heures renseignées par l’horlogerie qui mesure un temps moyen, régulier et universel. Pour faire simple, il faudra reculer votre montre de 1h48 pour, le jour du solstice d’été, correspondre au moment quand le Soleil culmine dans le ciel.
Il faut relever l’attention portée aux détails de l’installation. Ainsi la forme et diamètre des pastilles de marbre (15 cm) ont été déterminés à l’observation des bulbes qui coiffent les tourelles et de la signalisation en pointillés de laiton intégrée dans le pavement au centre de Tournai pour guider vers la cathédrale. Même souci de rigueur dans le choix des deux matériaux utilisés. D’une part, le marbre de Carrare, dont la blancheur contraste avec le dallage sombre de la place, permet de rapprocher l’installation d’un ciel constellé d’étoiles et convient à mettre en lumière la trajectoire d’un astre qui brille et éclaire. D’autre part, une pierre bleue extraite de carrière belge pour les heures (9, 10, 11 et 12) inscrites en Garamond par incrustation dans huit pastilles pour faciliter la lecture du cadran solaire et rendre hommage à la richesse des ressources géologiques du pays.
Relevons que Toutes les cinq minutes solaires n’est pas une œuvre de circonstance. Les mouvements imperceptibles mais surtout l’ombre et la lumière constituent des thématiques centrales dans les recherches de Michiko Van de Velde dont le nom laisse entendre son identité belgo-nippone. L’artiste explique ainsi que ces intérêts sont inhérents à son biculturalisme ; dans son ‘autre’ pays d’origine, il y a plus de 158 mots pour définir tous les types de lumière, celle du soleil, celle de la lune, d’un éclairage artificiel …
Pierre Henrion
Bibliographie sélective
- Van de Velde, Michiko, Lumières, Bruxelles, 2017.
- Henrion, Pierre, Michiko Van de Velde, Liège, 2025.
(c) Michiko Van de Velde / photo Eva Penel