Le Prix de la Jeune Sculpture de la Communauté française de Belgique est organisé depuis 1991. Depuis 1994, deux expositions ont lieu simultanément : les oeuvres de grand format et de plein air sont présentées au Musée d'art contemporain du Sart Tilman, les oeuvres de petit format et d'intérieur sont présentées à la Châtagneraie, Centre wallon d'Art contemporain à Flémalle. Les artistes sélectionnés sont âgés de moins de 40 ans et actifs en Wallonie et à Bruxelles. Le jury sélectionne un lauréat pour chacune des deux catégories.
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Découvrez l’inventaire du MACPA sur Common Collections
COMMON COLLECTIONS est un réseau constitué à l’initiative de la Province de Liège, rassemblant seize institutions culturelles de Wallonie, de statut public et associatif. Le projet a pour but de rassembler au sein d’un espace numérique commun – et par conséquent de rendre accessible au plus grand nombre – les collections patrimoniales conservées par les différents partenaires, dont une partie seulement est exposée.
À partir de 2014, la Province de Liège a lancé un ambitieux projet d’informatisation de ses collections grâce à l’acquisition d’un logiciel professionnel dédié à cet usage. Initialement déployée au Musée de la Vie wallonne pour ses collections ethnographiques, cette solution a ensuite été étendue à l’ensemble du patrimoine artistique provincial, puis dès 2022 à d’autres partenaires à l’échelle régionale qui illustrent notamment les domaines technique, scientifique, archéologique ou encore historique. Cet ensemble compose aujourd’hui le réseau COMMON COLLECTIONS, auquel l’asbl Musées et Société en Wallonie est associée.
-> le site Common CollectionsAffinités atmosphériques : apprendre à sentir avec les lichens / Bruno Goosse, 2026
Des promenades lichéniques au Sart Tilman
Les lichens sont des organismes réceptifs à des qualités de l’air qui nous échappent. Ils sont également créateurs de formes que nous percevons. Considérés comme sujets, il peuvent donc jouer un rôle de traducteur indispensable à notre (a)perception de l’air. La projet artistique mené par Bruno Goosse consiste à préparer une proposition de promenades lichéniques sur la colline du Sart Tilman, dont les parcours seront dessinés par les lichens accrochés aux arbres qui la peuplent, et par ceux qui se sont installés sur des arbres de Borgoumont (Stoumont), Dolhain (Limbourg) et Tombeux (Tinlot))… soit des lieux choisis pour avoir eu la réputation de bénéficier d’un air sain : sanatoriums et préventoriums y ayant été construits. Parcourir les chemins ainsi tracés par et avec les lichens offrira à celles et ceux qui s’y aventureront une expérience sensible des qualités de l’air d’un de ces lieux. L’hypersensibilité du lichen à l’atmosphère qui l’entoure en fait un révélateur des qualités de l’air invisibilisées par les limites de nos sens.Après une phase de relevé des lichens et leur géolocalisation au Sart Tilman, Bruno Goosse proposera un dispositif permettant d’une part de s’orienter dans des itinéraires de promenades, mais aussi de visualiser en un coup d’oeil les formes des promenades produites. Par ailleurs le dispositif permettra également d’avoir quelques informations concernant les atmosphères sources, celles des sanatoriums de Borgoumont, Dolhain et Tombeux.
(... à suivre)
-> informations sur le site internet de Bruno Goosse
Brèves : restauration de « Métamorphose », de Francis Vaes (avril 2026)
-> toutes les brèves
Adrien Tirtiaux – Prix Ianchelevici 2026
Le Prix Triennal Ianchelevici 2026 a été attribué à Adrien Tirtiaux pour son intégation Lignes de fuite à la prison de Haren.
Adrien Tirtiaux (Etterbeek, 1980) Vit et travaille à Anvers www.adrientirtiaux.eu Adrien Tirtiaux est ingénieur-architecte de formation et plasticien diplômé en 2008 de l’Akademie der Bildenden Künste de Vienne. Sa pratique artistique est contextuelle, répondant par des installations, des sculptures, des performances et des dessins aux situations dans lesquelles il est invité à intervenir. L’intégration à l’architecture et à l’espace public constitue un prolongement « naturel » de sa pratique. Il est, ces dernières années, intervenu à Maaseik (Echoes of a Landscape, 2025), à Lokeren (Aggregation, 2024), à Bruges (Under the Carpet, 2024) et à Louvain-la-Neuve (Helix # Objectif Terre, 2022).
Lignes de fuite 10 peintures murales à l’acrylique 2 x 485x965 cm ; 6 x 370x700 cm ; 2 x 218x122 cm 2022 intégration d’Adrien Tirtiaux à la prison de Haren (rue du Witloof, 135, B-1130 Haren) Exécution : Art Mural asbl Lignes de fuite fait partie du Quasi Museum, une collection d’intégrations plastiques au sein de la prison de Haren, sous commissariat de Ief Spincemaille et Anouk Focquier. L’objectif est d’explorer les potentialités des pratiques artistiques contemporaines dans le milieu carcéral. Il ne s’agit pas seulement de recherches esthétiques, mais aussi — et peut-être surtout — de questionnements conceptuels et éthiques. « Avec le Quasi Museum, nous essayons d’inscrire les structures et la logique d’un musée dans l’architecture et les systèmes invisibles d’une prison : ses rythmes, ses relations et ses logiques d’inclusion et d’exclusion, expliquent les commissaires. Nous avons invité des artistes à développer des œuvres permanentes qui ne sont pas simplement installées dans la prison, mais plutôt entremêlées à celle-ci. Nous organisons des visites guidées, destinées aussi bien aux personnes à l’intérieur qu’à l’extérieur de la prison, à travers la collection d’œuvres des 12 artistes. Comme certaines pièces se trouvent à l’intérieur du périmètre et d’autres à l’extérieur, tout le monde ne voit pas le même musée. Que signifie créer pour un public aussi restreint ? Quel type de réception, de résistance ou de résonance l’art peut-il générer derrière les murs ? Mais aussi, que signifie pour un public extérieur de ne pouvoir voir qu’une partie de la collection ? Le Quasi Museum interroge également la manière dont un tel lieu positionne ses voisins. Que signifie, socialement et psychologiquement, coexister avec une nouvelle prison dans son jardin ? Comment l’art peut-il arbitrer, compliquer ou rendre lisible cette proximité inconfortable ? » Adrien Tirtiaux a saisi deux des aspects pourtant difficilement conciliables de ce programme. Son intervention se trouve en effet intriquée au contexte carcéral mais elle crée aussi un dialogue avec son environnement extérieur. Ainsi Lignes de fuite s’adresse-t-elle tant aux usagers de la prison qu’à ceux de l’espace public environnant. L’œuvre est composée d’une série de 10 peintures murales, directement exécutées sur l’enceinte en béton qui ceinture la prison de Haren. Leur localisation deux par deux constitue le premier élément de compréhension de l’ensemble. Cinq d’entre elles sont peintes sur la face intérieure du mur, dans le prolongement des rues de ce que les urbanistes du centre pénitentiaire appellent le parc central. Les cinq autres « regardent » vers la cité depuis l’exact verso de la paroi. Cette conception en binôme dicte par ailleurs l’iconographie de l’ensemble : ce sont des paysages qui fonctionnent comme autant de fenêtres donnant à voir « l’autre côté » depuis la prison et depuis la ville. Les peintures de Lignes de fuite sont assimilables à la pratique académique du trompe-l’œil architectural. Elles rendent une version de la réalité derrière le mur suivant une vision idéalisée tant sur le fond que dans la forme. Aucune clôture ne barre la vue. Les arbres sont toujours verts. Règne un calme qu’aucune présence humaine ne vient perturber. La perception des espaces est encore magnifiée par les choix plastiques de l’exécution. Adrien Tirtiaux a travaillé dans le style de la Ligne Claire bien connu des amateurs de bandes dessinées, en particulier ceux du Journal de Tintin puisque Hergé en est le principal représentant. Le trait est rigoureux, constant, simple. Les couleurs sont appliquées en aplat, sans demi-teinte ni effets d’ombre et de lumière. À s’attarder sur l’observation de l’ensemble, on relèvera qu’Adrien Tirtiaux a donné à ses images des sensibilités appropriées à la position du regardeur. Depuis la ville, elles montrent des vues du village pénitentiaire ; ce sont des espaces déserts et froids mais surtout circonscrits. Pour ceux qui les observent de l’intérieur, les fenêtres ouvrent des vues diversifiées, en particulier sur le parc de Haren, et invitent le regard à se disperser. Elles cadrent des éléments banals : un tunnel, une plaine de jeux, un petit lotissement, une colline verte ou encore le centre de Diegem. C’est la vie quotidienne et l’imaginaire peut s’y évader. Cette dernière propriété confère à Lignes des fuites une puissance narrative. Adrien Tirtiaux explique que, contrairement aux peintures de cases de bande dessinée exécutées avec plus ou moins de bonheur dans le centre de Bruxelles, les protagonistes ne sont pas dans l’image qui n’est qu’un décor ; ils la regardent. Pierre Henrion
Bibliographie sélective
- Henrion, Pierre, Adrien Tirtiaux. Plus près de toi, in Art Public Liège, catalogue de l’exposition, Liège, du 1er août au 31 octobre 2020, p. 71 à 74.
- Tirtiaux, Adrien, Urban Matters, Vienne, 2019.
- Tirtiaux, Adrien, Collective Rules, Eupen, 2015.
Higher and Higher bois, vis, arbre mort 10x3,2x2,5 m (env.) 2022 oeuvre temporaire d’Adrien Tirtiaux dans le Lantz'scher Park à Lohauser Dorfstraße (Stadtbezirk 5,D-40474 Düsseldorf) Adrien Tirtiaux a imaginé pour le Lantz'scher Park à Düsseldorf une structure en bois qui se développe en spirale autour d’un arbre mort. Comme des centaines d’autres dans le parc, cet arbre était mort suite aux dégâts provoqués par des rongeurs. Les responsables du parc ont fait replanter plus de 4 500 arbres ces dernières années ; on a taillé et élagué les arbres morts pour les sécuriser et en faire des refuges pour la faune d’insectes et d’oiseaux. L’intervention d’Adrien Tirtiaux est de nature architecturale ; la structure en bois a l’allure d’une tour qui permet aux promeneurs de « grimper » entre les branches de l’arbre mort, et d’éprouver l’effet synesthésique de la croissance du végétal : la structure en bois, massive à sa base, s’allège en gagnant de la hauteur et mène à une échelle qui semble reliée au ciel. Outre les folies et fabriques des parcs et jardins des XVIIIe et XIXe siècles, l’oeuvre d’Adrien Tirtiaux est aussi une allusion à la Tour Tatline : le monument à la Troisième-Internationale conçu par l’artiste et architecte russe Vladimir Tatline au début des années 1920. La réminiscence est plus que formelle : la tour projetée par Tatline avait pour ambition d’être à la fois une métaphore et un acteur de la dynamique engendrée par le communisme, dans une perspective d’intégration totale de l’action révolutionnaire dans l’ordre de la nature et du cosmos ; l’échelle de Tirtiaux semble plus modeste… mais sa visée place l’utopie à une distance vraisemblablement plus tangible : en arpentant le parc de Lantz, le promeneur se voit offrir la possibilité d’éprouver physiquement les liens profonds du vivant, du végétal à l’animal, de l’arbre, des insectes, des oiseaux et des humains appelés à vivre ensemble. Jean Housen
Bibliographie sélective
- Tirtiaux, Adrien, Things design themselves, Anvers, 2013.
- Tirtiaux, Adrien et Vervoort, Stefaan, Space is Time, Esslingen am Neckar, 2014.
- Tirtiaux, Adrien et Vissault, Maïté, Collective Rules, Eupen, 2015.
- Tirtiaux, Adrien et Weyns, Sara, Urban Matters, Anvers, 2018.
>> PRIX TRIENNAL IANCHELEVICI - 2026
Eva Moulaert & Pieter et Robin Vermeersch – Prix Ianchelevici 2026
Sans titre céramique 2024 intégration de Robin Vermeersch et de Dear Reader (Eva Moulaert), au Théâtre Le Vilar (place Rabelais, 51, B-Louvain-la-Neuve) en collaboration avec le bureau Ouest Architecture Sans Titre peinture 2024 intervention de Pieter Vermeersch au Théâtre Le Vilar (place Rabelais, 51, B-Louvain-la-Neuve) en collaboration avec le bureau Ouest Architecture Après plus de 40 ans d’activité, le théâtre Le Vilar situé à Louvain-la-Neuve a bénéficié d’une rénovation complète estimée à neuf millions d’euros. À l’issue d’un concours organisé par l’Atelier Théâtre Jean Vilar asbl, en partenariat avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’UCLouvain, la Province du Brabant wallon et la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, la transformation du bâtiment a été confiée au bureau bruxellois Ouest Architecture. La proposition d’Ouest Architecture a permis de résoudre des contraintes techniques précises tout en tirant parti de la spécificité structurelle du bâtiment et en proposant une lecture sensible du contexte historique. Les équipements techniques et les conditions d’accès ont significativement été améliorés. La livraison des décors s’effectuait par exemple auparavant par un monte-charge situé sous le théâtre, ce qui rendait la circulation et l’organisation des espaces particulièrement complexes. La hauteur de scène a aussi été augmentée sans modifier significativement le volume existant. Cette stratégie a également permis de réorganiser l’ensemble des flux logistiques en sous-sol et d’ouvrir davantage le théâtre vers la Place Rabelais, par la création de nouvelles entrées et d’un foyer accessible indépendamment du reste du bâtiment. Enfin, pour préserver une continuité matérielle avec l’existant, la brique claire initiale s’est vue complétée par une nouvelle brique rouge tandis que les espaces hors de salle de spectacle ont été déclinés dans les tons de rouges, roses et blancs, assurant une cohérence visuelle avec le bâti existant. Le cahier des charges du concours prévoyait également l’association d’un ou de plusieurs artistes dès l’origine du projet, tant pour la signalétique que pour la présence d’une œuvre plastique, afin de garantir une intégration spatiale et architecturale harmonieuse. Dans ce cadre, Ouest Architecture a fait appel à Eva Moulaert (studio Dear Reader), avec qui il avait déjà collaboré pour la signalétique du Théâtre du Rideau à Bruxelles, ainsi qu’aux frères Vermeersch. Robin Vermeersch et Eva Moulaert ont d’une part développé un dispositif de signalétique en céramique qui se déploie à plusieurs endroits du théâtre. Celui-ci repose sur un ensemble de carreaux en relief, modulables et assemblables pour composer des lettres, des mots, des flèches ou des motifs graphiques. Le texte y est envisagé comme une matière plastique à part entière, une écriture qui se lit autant qu’elle se voit. Après une longue phase d’expérimentations, notamment lors d’une résidence au European Ceramic Work Centre (EKWC), le dispositif s’est stabilisé autour de carreaux blancs en relief, au format standard de 14×14 cm. Le recours à une palette monochrome et à des lettres capitales garantit la lisibilité du dispositif, tandis que l’alternance avec des carreaux plats participe à la maîtrise des coûts de production. Enfin, les artistes ont introduit des motifs abstraits, non fonctionnels inspirés et générés à partir de photographies sous-marines. Ces compositions suggèrent l’univers souterrain de Louvain-la-Neuve et évoquent la sensation d’un regard immergé dans un univers aquatique. Réparties sur six murs et couvrant une surface totale de 118 m², ces interventions prolongent la signalétique en la transformant en une expérience spatiale plus large. Pieter Vermeersch est d’autre part intervenu sur la façade extérieure sud du bâtiment. Sa proposition picturale minimale est fondée sur un dégradé chromatique allant progressivement de 0 % à 100 % et qui reprend la couleur moyenne des briques du registre supérieur de la façade. Ce procédé assure une continuité visuelle avec le bâti existant. À l’inverse, le blanc, en se détachant progressivement, accentue l’angle du bâtiment et introduit une tension formelle qui attire le regard. L’usage de cette technique permet à l’œuvre d’agir comme une interface sensible entre l’architecture du théâtre et son environnement urbain. La surface semble perdre sa densité pour devenir un plan ouvert, presque immatériel. Cette altération perceptive produit une illusion spatiale qui évoque un seuil, un vide potentiel, faisant écho à l’idée même de la scène théâtrale : un espace en attente d’activation et d’interprétation. Marjorie Ranieri
Bibliographie sélective
- Pieter Vermeersh, Paris, 2015.
- Küng, Moritz, Geers, Kersten, Piron, François et Dieter Roelstraet, Pieter Vermeersch : Variations, Bruxelles, Ludion, 2019.
- Smets Francis, Steverlynck Sam, Famille Vermeersch : Jos Vermeersch, ses trois enfants Pol, Rik et Vera Vermeersch et ses quatre petits-enfants Lowie, Pieter, Robin et Tinus Vermeersch, Anvers, 2010.
- Strauven, Iwan, Urban Legend, Bruxelles, 2025.
>> PRIX TRIENNAL IANCHELEVICI - 2026
Clara Spilliaert – Prix Ianchelevici 2026
Listen Well bronze 4 bas-reliefs de dimensions variables (diam. entre 90 et 120 cm) 2025 intégration de Clara Spilliaert au Grand Béguinage de Louvain (Groot Begijnhof, B-3000 Louvain) Listen Well fait partie du parcours artistique permanent And so Change comes in waves, créé pour célébrer les 600 ans de la KU Leuven et curaté par Heidi Ballet, Stéphane Symons et Maud Vanhauwaert. Les œuvres qui composent ce parcours sont disséminées dans de nombreux lieux symboliques de la ville, y compris au cœur de son centre historique, inscrivant la création artistique contemporaine dans le tissu urbain et patrimonial de Louvain. À cette occasion, plus de soixante-dix scientifiques issus de l’ensemble des facultés de l’université ont engagé un dialogue approfondi avec seize artistes et poètes afin de produire des formes sensibles à la croisée des savoirs scientifiques et des pratiques artistiques. L’installation de Clara Spilliaert explore le thème Medicine for all. Elle s’est constituée au gré de discussions avec plusieurs scientifiques, dont le cardiologue Werner Budts, autour des maladies cardiovasculaires chez les femmes. Ces échanges ont mis en lumière la manière dont la médecine occidentale s’est historiquement construite à partir d’observations faites sur un modèle corporel masculin, rendant les diagnostics liés au corps féminin moins précis et certains symptômes insuffisamment reconnus. C’est dans cette perspective d’évolution des savoirs que Spilliaert a choisi de rendre visible le buste féminin au cœur des jardins du Grand Béguinage. Ce site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO a été fondé au XIIIᵉ siècle et a été habité à son apogée, au XVIIᵉ siècle, par une communauté d’environ 300 femmes religieuses. Il constitue aujourd’hui un lieu de vie et de transmission accueillant des étudiants, des professeurs invités étrangers et des collaborateurs de la plus ancienne université catholique d’Europe. Listen Well se décline en quatre bas-reliefs en bronze posés sur des puits situés dans les jardins et les ruelles du Grand Béguinage de façon à dialoguer avec son architecture historique et l’histoire de ces femmes religieuses. En choisissant le puits comme support, Clara Spilliaert convoque la symbolique de la source pour entrer en résonance avec les enjeux du soin, de la profondeur et de l’ancrage. « J’aimais l’idée que ces puits soient reliés les uns aux autres par le sous-sol, comme un corps traversé de connexions invisibles. J’ai observé que les visiteurs se penchaient spontanément pour regarder à l’intérieur. Je souhaitais créer une œuvre qui ne s’impose pas immédiatement au regard, une présence discrète, intégrée au lieu, et qui requiert l’attention et l’engagement des visiteurs », explique-t-elle. Chaque bas-relief élaboré en trois temps (d’abord en terre puis en silicone et enfin en bronze) correspond à une strate du buste féminin : la peau, les glandes mammaires, les poumons, puis les vaisseaux sanguins. Ces différentes parties sont évoquées ou représentées par une analogie avec le monde végétal et plus précisément avec l’aubépine, une plante associée depuis longtemps aux soins du cœur et qui est présente aux abords du Béguinage. La peau est ainsi comparée à une enveloppe protectrice à l’image de l’écorce. Les glandes mammaires se transforment en fruits renvoyant à la fonction nourricière. Les poumons sont suggérés par des motifs qui rappellent le souffle. Et enfin, les vaisseaux sanguins s’organisent comme un réseau comparable à des racines qui irriguent l’ensemble. Ce lien direct avec le paysage végétal environnant permet à l’œuvre de s’inscrire dans ce lieu historique tout en ouvrant un espace de résonance symbolique entre corps et nature. À travers ces correspondances, l’artiste propose un voyage intérieur dans cet ancien lieu de culte mais surtout une plongée progressive vers le cœur, symbole de vie, de fragilité et de résilience et formellement figuré par un oiseau. Avec Listen Well, Clara Spilliaert établit un dialogue entre les femmes d’hier et d’aujourd’hui, entre un héritage patrimonial religieux médiéval et son appropriation contemporaine, entre la médecine traditionnelle et son évolution moderne. Marjorie Ranieri
Bibliographie sélective
- Clara Spilliaert’s tactile work reflects on bodies, nature and myth, Tokyo, 2025.
- And so change comes in waves, catalogue du parcours Art & Science, Leuven, 2025.
- Spilliaert, Clara, Sekirara, Bruxelles, 2022.
>> PRIX TRIENNAL IANCHELEVICI - 2026
Michiko Van de Velde – Prix Ianchelevici 2026
Toutes les cinq minutes solaires marbre de Carrare et pierre bleue belge 400 m2 (env.) 2025 intégration de Michiko Van de Velde à la place de l’Evêché, B-7500 Tournai « Je suis intéressée par la façon dont le temps s’écoule : les couleurs qui changent, la végétation qui pousse. Il y a de la poésie dans toutes ces manifestations. Je me pose la question de connaître comment observer ces évolutions. Ces recherches m’inclinent à une forme d’inconfort qui m’est précieux. J’aime me trouver hors des espaces de certitude. Je les ressens comme un printemps quand les plantes prennent le risque de mourir en sortant de terre. » Michiko Van de Velde Toutes les cinq minutes solaires a été mise en œuvre à la suite d’un concours restreint organisé dans le cadre du projet Feder « Tournai Unesco Expérience » dont l’objectif est de renforcer l’attractivité de la ville et son positionnement de ville d’art, d’histoire et de création. Dans cet esprit, Michiko Van de Velde explique avoir voulu « ré-enchanter » la place de l’Evêché en invitant « la lumière du soleil, source de vie, à s’y inscrire » et ainsi équilibrer la modernisation récente du quartier qui y a vu disparaître la végétation. « J’ai, explique l’artiste, en outre choisi ce site parce qu’il permettait de mettre en valeur la cathédrale Notre-Dame qui doit rester le principal point d’intérêt. D’emblée, j’ai souhaité que mon intervention soit sobre, retenue. » Le concept est simple : révéler la double trajectoire des ombres projetées par les deux tourelles occidentales de l’église, le jour du solstice d’été. Relevés à la main, les tracés sont ainsi figés par deux suites de pastilles en marbre de Carrare incrustées dans le sol comme des pointillés sur le parcours des ombres suivant une capture effectuée toutes les cinq minutes. Discrète, l’intervention révèle la rotation imperceptible du globe terrestre rendue observable à l’œil nu, pendant quatre heures continues, de 9h50 à environ 14h15. Michiko Van de Velde considère qu’il s’agit pour l’observateur d’une expérience, une façon d’éprouver physiquement la vitesse à laquelle notre planète tourne. L’œuvre s’apparente à un double cadran solaire. Et, à ce titre, elle invite à revenir au temps juste de la gnomonique, décalé par rapport aux heures renseignées par l’horlogerie qui mesure un temps moyen, régulier et universel. Pour faire simple, il faudra reculer votre montre de 1h48 pour, le jour du solstice d’été, correspondre au moment quand le Soleil culmine dans le ciel. Il faut relever l’attention portée aux détails de l’installation. Ainsi la forme et diamètre des pastilles de marbre (15 cm) ont été déterminés à l’observation des bulbes qui coiffent les tourelles et de la signalisation en pointillés de laiton intégrée dans le pavement au centre de Tournai pour guider vers la cathédrale. Même souci de rigueur dans le choix des deux matériaux utilisés. D’une part, le marbre de Carrare, dont la blancheur contraste avec le dallage sombre de la place, permet de rapprocher l’installation d’un ciel constellé d’étoiles et convient à mettre en lumière la trajectoire d’un astre qui brille et éclaire. D’autre part, une pierre bleue extraite de carrière belge pour les heures (9, 10, 11 et 12) inscrites en Garamond par incrustation dans huit pastilles pour faciliter la lecture du cadran solaire et rendre hommage à la richesse des ressources géologiques du pays. Relevons que Toutes les cinq minutes solaires n’est pas une œuvre de circonstance. Les mouvements imperceptibles mais surtout l’ombre et la lumière constituent des thématiques centrales dans les recherches de Michiko Van de Velde dont le nom laisse entendre son identité belgo-nippone. L’artiste explique ainsi que ces intérêts sont inhérents à son biculturalisme ; dans son ‘autre’ pays d’origine, il y a plus de 158 mots pour définir tous les types de lumière, celle du soleil, celle de la lune, d’un éclairage artificiel … Pierre Henrion
Bibliographie sélective
- Van de Velde, Michiko, Lumières, Bruxelles, 2017.
- Henrion, Pierre, Michiko Van de Velde, Liège, 2025.
>> PRIX TRIENNAL IANCHELEVICI - 2026
Michael Beutler – Prix Ianchelevici 2026
Habitat briques 2025 intégration de Michael Beutler au Parc national de la vallée de l’Escaut (sur la digue du Rupel, à la frontière de Boom et Rumst) La ville de Boom a été durant le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle un territoire spécialisé dans l’extraction de l’argile et la fabrication de briques. À son apogée, la région de Rupel comptait 150 briqueteries et plus de 5 000 travailleurs, dont des enfants, qui ont façonné des paysages et des reliefs encore visibles aujourd’hui. Cette activité industrielle, qui a pendant longtemps été synonyme de prospérité économique, a décliné vers 1970 engendrant de la précarité et une dégradation durable des sols. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule briqueterie. La transformation actuelle de ces friches industrielles en réserve naturelle marque un tournant majeur dans l’histoire du site. Dans le cadre du projet européen ALILASUS, la municipalité de Boom et la VLM (Vlaamse Landmaatschappij ou Agence Flamande pour le territoire), le Parc national de la vallée de l’Escaut avec le soutien de Creative Europe ont décidé de commanditer une œuvre d’art centrée sur les enjeux de mémoire, de durabilité et de reconversion du territoire. Le consortium a fait appel au dispositif de médiation des nouveaux commanditaires pour introduire et encadrer la commande d’une œuvre durable et symbolique auprès de l’artiste allemand Michael Beutler, spécialisé dans les créations monumentales participatives. Depuis février 2025, Habitat occupe la digue du Rupel, à la frontière de Boom et de Terhagen. Sa forme évoque celle des anciennes cheminées de briqueterie qui structuraient autrefois le paysage. La structure est un espace d’accueil. Elle abrite un banc invitant les visiteurs du parc naturel à la pause et à l’observation du paysage en mutation. Elle se pense également comme un refuge ou un espace de nidification pour la faune locale (oiseaux, chauves-souris et insectes) grâce à l’intégration de briques percées et creusées directement intégrées à la maçonnerie. Les briques ont été façonnées à la main avec la participation des étudiants de l’artiste et réalisées à l’aide de procédés traditionnels de cuisson de l’argile dans un four au charbon comparable à ceux d’autrefois. À ces éléments s’ajoutent des briques récupérées et issues de l’histoire locale de la briqueterie, parfois façonnées avant la standardisation industrielle, et apportées par les habitants lors d’une cérémonie participative au cours de laquelle ils ont été invités à la pose des premières pierres. L’œuvre s’est donc constituée dès son origine comme un projet collectif qui vise à honorer la mémoire industrielle du lieu et à célébrer une conscience écologique nouvelle à travers une logique de réemploi et de l’économie de moyens caractéristique de la pratique de Michael Beutler. Plus qu’un simple monument, Habitat fonctionne comme un signal identifiable dans le paysage mais aussi comme un dispositif vivant et habité. C’est un espace de rencontre entre humains et non-humains et enfin, un témoignage tangible de la résilience du territoire. Marjorie Ranieri
Bibliographie sélective
- Stardust. Michael Beutler, Ludwigshafen, 2024.
- Michael Beutler. Moby Dick, Leipzig, 2015.
- Michael Beutler. Pecafil, Berlin, 2006.